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Bienvenue sur le site CFDT CA Languedoc

Elle a été championne d’Europe avec l’équipe de France de basket-ball, triple championne d’Europe avec le club de Bourges. Elle est aujourd’hui directrice de la Ligue nationale de volley. Comme athlète de haut niveau ou dirigeante, Yannick Souvré plaide pour une meilleure reconnaissance des femmes dans le monde du sport. Rencontre.

[Entretien] “Il y a encore des stéréotypes dans le sport : certains préfèrent voir les femmes à la cuisine”

Vous avez l’un des plus beaux palmarès du basket féminin. Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

On me parle souvent de mes titres (lire Parcours). J’ai eu une grande chance : j’ai joué longtemps, j’ai eu des responsabilités. Mais ce que je retiens, ce sont les rencontres que j’ai faites. Elles sont liées à des choix de vie, de carrière. Quand je rejoins Bourges, j’y vais pour un entraîneur russe, qui m’a énormément appris sur moi-même, pour un club qui a un vrai projet, celui de devenir champion d’Europe – et on le sera à trois reprises – pour un président, Pierre Fosset… Tous ont joué un rôle énorme dans ma carrière.

 

Pas de regret ?

Non, tout s’est bien articulé. Le poste que j’ai occupé à la Fiba Europe pendant treize ans, par exemple [Yannick Souvré a été responsable de l’entité commerciale de la Fédération européenne de basket-ball], c’est un concours de circonstances. Je crée l’Association française des basketteuses. L’Europe s’y intéresse, parce qu’il n’en existe pas ailleurs, et à ce moment-là je rencontre mon futur patron. Je n’ai jamais pensé qu’en créant, avec certaines de mes coéquipières, cette association – qui n’a pas révolutionné le basket féminin – je me retrouverais un jour à ce poste.

 

Une association qui n’a pas révolutionné le basket féminin mais qui a permis des avancées…

Oui. Dans ce domaine, il ne faut pas attendre de révolution, à moins d’une grosse grève comme a pu en connaître la NBA. Sinon, les choses progressent petit à petit, de façon très concrète. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui se sont toujours préoccupés de mon évolution personnelle. Beaucoup de basketteuses ne l’ont pas eue. J’ai voulu les alerter en disant : attention, prenez-vous en main. Normalement c’est le boulot des agents. Mais la plupart s’en lavaient les mains. Les filles, par exemple, ne cotisaient pas pour une mutuelle. Ces choses paraissent tellement évidentes maintenant, vingt ans plus tard. Et puis nous voulions envoyer un message : nous, les basketteuses, nous ne sommes pas que des pions sur un terrain, nous voulons être partie prenante de notre activité. 

 

Il s’agissait des prémices d’un syndicat des joueuses ?

Oui. J’ai retrouvé cette demande au poste de directrice de la Ligue de volley que j’occupe depuis septembre. Un ancien joueur de l’équipe de France m’a dit vouloir créer le syndicat des joueurs de volley. Il a été surpris que je l’y encourage. Pourtant, si on veut développer un projet, il faut le point de vue de tous. À un moment donné, pour avancer, il faut que tous les acteurs soient associés démocratiquement à la prise de décision, qu’ils soient impliqués.

 

À quel moment avez-vous pris conscience du peu de place réservée au sport féminin professionnel ?

Ce sentiment est né quand j’ai joué à Paris en 1990. Très vite, je me suis rendu compte du manque de couverture médiatique et, il faut le dire, d’un certain manque de respect. Il fallait toujours être autre chose qu’une sportive qui fait une performance. C’est une conscience qui ne m’a pas quittée depuis. Je n’ai rien contre le basket masculin. C’est ma famille, c’est mon sport. Mais le sport féminin a suffisamment de qualités pour qu’on les mette en avant. Ce cheval de bataille fait partie de ma vie. Quand, avec Bourges, nous gagnons le deuxième titre européen, aucune équipe, ni masculine ni féminine, ne l’avait fait en France auparavant dans aucun sport. Ni Limoges en basket ni l’OM en foot. J’attendais un déclic.

 

Vous avez senti une injustice ?

Plus qu’une injustice, une incohérence. Pendant longtemps, on nous a dit qu’il fallait gagner des titres pour qu’on parle de nous. Et là, on fait un truc que personne n’a fait, hommes et femmes confondus. On a eu une grosse couverture médiatique sur le moment. Mais le soufflé est vite retombé. Et c’est ce qui s’est passé à chaque fois. Avec le recul, je constate que là où on attendait un déclic, on a eu une évolution. Ce sont des soufflés qui retombent mais pas aussi bas. Grâce à des actions très concrètes en faveur du sport féminin, grâce aussi à ce qu’a fait Marie-George Buffet pour les femmes quand elle était ministre de la Jeunesse et des Sports du gouvernement Jospin ou, plus récemment, Thierry Braillard en tant que secrétaire d’État chargé des Sports. 

 

Il a lancé une commission de développement du sport professionnel féminin que vous avez présidée. De quoi souffre ce secteur ?

De pleins de choses. Mais nous avons une grande force, c’est que les gens impliqués dans le sport féminin sont prêts à faire des choses ensemble. Ce n’est pas un effet de mode. Néanmoins, c’est vrai que c’est difficile de convaincre les entreprises des atouts du sport féminin pour valoriser leur activité sans ne tabler que sur le côté esthétique. Il y a tout un travail à faire pour développer les partenariats.

 

C’est un problème culturel ou un manque de volonté politique ?

Il y a un côté culturel non négligeable. Des choses ont été faites avec le fonds du Centre national pour le développement du sport pour diffuser davantage de sport féminin à la télévision. On nous dit qu’il ne faut pas de quotas. Mais des avancées ont été possibles parce qu’elles ont été imposées politiquement. Les plans de féminisation ont été imposés aux fédérations parce que, naturellement, elles ne le font pas. Certains présidents y sont sensibles, d’autres non.

 

L’impulsion politique est donc essentielle ?

Oui. Mais la volonté politique peut aussi être provoquée par les acteurs eux-mêmes. Une fédération comme celle du football a décidé d’y mettre les moyens. Sans doute parce que le président actuel, Noël Le Graët, a cette sensibilité. Mais il n’est pas tout seul. L’Union des associations européennes de football a elle aussi un programme de développement du foot féminin. Si les autres sports féminins ne bougent pas, ils vont se faire manger.

LES HOMMES QUI ONT DES RESPONSABILITÉS N’ONT PAS TOUS ÉTÉ JUGÉS SUR LEURS COMPÉTENCES !

C’est la deuxième facette de votre parcours. Il y a eu la sportive de haut niveau et puis, maintenant, il y a la femme qui a des responsabilités dans les instances.

La mixité, il n’y a rien de plus intéressant et de plus stimulant. Nous avons, les hommes et les femmes, des façons d’être et de vivre les choses qui sont différentes. Je trouve que l’élection de Nathalie Boy de La Tour à la présidence de la Ligue de football professionnel envoie un beau message. Dans certains endroits, il a vraiment fallu faire notre place. Et ailleurs, elle ne nous est toujours pas proposée. Quand, à un moment, ça coince, il faut des règles pour faire bouger les choses. Et ce n’est pas une question de compétences. On se la pose toujours quand les femmes sont concernées, jamais quand il s’agit d’un homme. Vous pensez vraiment que tous les hommes qui ont des responsabilités ont été jugés sur leurs compétences ?

 

Le milieu sportif serait-il machiste ?

Dans les médias, encore un peu. Quand on me dit que les audiences sont parfois meilleures pour certains sports féminins que pour les disciplines masculines mais que le diffuseur préfère quand même passer les matchs hommes, je ne comprends pas.

 

On parle du sport professionnel mais l’inégalité entre les femmes et les hommes se mesure également dans la pratique sportive.

C’est vrai. La jeune fille qui atteint la fin de l’adolescente arrête le sport. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais on peut espérer que cela change avec une société qui s’appuie de plus en plus sur le sport-santé, sur la nutrition… Ça va amener les filles à continuer la pratique sportive. Parce que ce qui est paradoxal, c’est qu’après avoir arrêté, elles sont nombreuses à reprendre vers 30  ans. Et puis il y a encore quelques stéréotypes alors qu’il n’y a quasiment aucun sport contre-indiqué. Certains préfèrent voir les femmes à la cuisine. J’ai entendu ça. Au début de ma carrière, des hommes me l’ont dit. Aujourd’hui, c’est moins vrai.

 

Cette évolution des mentalités n’est-elle pas due à certaines victoires, au charisme de quelques championnes ?

Bien sûr. Aux Jeux olympiques de Londres, j’ai eu la chance de commenter pour la télévision la finale de basket féminin avec la France. Il y avait 8 millions de téléspectateurs. Certes, ce sont les Jeux ; certes, ce sont des Françaises, mais s’il y a 8 millions de téléspectateurs, c’est bien que le sport féminin à la télévision, ça plaît, non ? Et si ça plaît un jour, pourquoi ça ne plairait pas toujours ? C’est risqué, me dit-on. J’ai travaillé pour l’opération « Je rêve des Jeux », qui vise à soutenir la candidature de Paris 2024. Aujourd’hui, ce n’est pas si facile de trouver une tête d’affiche connue et reconnue du grand public. À une époque il y avait des Flessel, Pérec, Mauresmo… Ça fonctionne souvent par période et, aujourd’hui, nous sommes un peu pauvres.

 

Mais il y a des femmes comme Sarah Ourahmoune, vice-championne olympique de boxe…

D’ailleurs, Paris  2024 la met en avant. Elle a une personnalité intéressante, elle est intelligente, elle a des choses à dire. Elle a tout le package. Sa mise en avant par Paris 2024 est judicieuse.

 

Paris  2024, parlons-en. Vous faites partie du Comité des athlètes. Ça consiste en quoi ?

Cette candidature est portée par le mouvement sportif. Les institutions, les clubs, les ligues mais aussi les acteurs. À sa tête, on trouve un sportif de très haut niveau, Tony Estanguet [triple champion olympique de canoë-kayak]. C’est un signe. Les sportifs sont impliqués sur le fond du dossier. On nous a demandé de plancher sur les besoins du sportif qui participe aux Jeux : qu’est ce qui est important pour lui ? Le temps de trajet, par exemple, c’est primordial. Je me rappelle avoir passé deux heures dans les transports à Sydney pour faire un entraînement d’une heure. Ce n’est pas possible.

 

Ça représente quoi, les Jeux olympiques ?

Sydney, c’est le Graal de ma carrière. Pendant la cérémonie, je planais. Puis je vais à Londres pour France Télévisions en 2012 non pas en tant que sportive mais comme consultante. Je me suis éclatée. Offrir à chacun la chance de vivre un tel événement populaire, extrêmement rassembleur, c’est très important. Il n’y a pas de jugement sur le lieu d’où vous venez, sur votre couleur de peau, sur votre religion. Le sport permet ça. Ce bonheur, ça n’a pas de prix.

 

PARCOURS

1969 Naissance à Toulouse.

1997 Premier de ses trois titres de championne d’Europe avec le CJM Bourges Basket, nommée meilleure joueuse du Final Four.

2000 Participation aux Jeux olympiques de Sydney. Défaite face à la Corée du Sud.

2001 Championne d’Europe des nations avec l’équipe de France.

2004 Directrice générale de la communication de Fiba Europe Properties.

2016 Directrice de la Ligue nationale de volley.

 

Published by CFDT CA Languedoc - Actualités Nationales

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